Cyber
Acteurs
"Un petit clic vaut mieux
qu'un grand choc",
ou un nouveau moyen
d'expression citoyenne.
Cyber Acteurs a choisi
d'informer et de mobiliser sur des actions ponctuelles
liées à lécologie, l'économie solidaire ou les droits
de l'homme, par le biais de pétitions électroniques.
Le site web offre par ailleurs un espace de discussion.
Alain Uguen, élu municipal Vert, initiateur et coordinateur
de Cyber Acteurs explique.
Comment sont
nés les Cyber Acteurs ?
Cest une histoire de réseaux. A lorigine, je suis
secrétaire de la FEDEL, une fédération délus locaux
pour une alternative écologique, solidaire et citoyenne.
Janime par ailleurs un projet de portail sur le
développement durable, ECOCYT. Jai lancé un journal
électronique interne, pour informer élus et acteurs
du développement durable sur les initiatives alternatives.
Il a été diffusé dans différents réseaux. En septembre,
je reçois un message dune élue qui reproche le manque
dengagement sur laffaire du Timor : "On est timorés
sur le Timor." J'ai alors trouvé un texte et l'adresse
électronique de l'ambassade de France en Indonésie
pour faire pression. Et j'ai balancé ça dans les
réseaux.
Comment est
organisée votre action ?
On a crée une association loi 1901, indépendante
de la FEDEL, le but étant dêtre ouvert à tous et
de permettre à des citoyens de donner leur avis.
Alors on travaille dans deux directions. On édite
Cyber Actu, une publication aléatoirement hebdomadaire
qui diffuse des informations captées dans des listes
de discussion. Par ailleurs, on reprend des actions
menées par des associations, on les met en forme,
le principe étant d'interpeller des décideurs politiques
ou économiques. Puis nous mettons à la disposition
de ces actions un réseau de 8000 correspondants.
La cyberaction correspond à une démarche d'expression
citoyenne.
Pourquoi avoir
choisi le net ?
Cest un outil qui est simple puisquon peut toucher
8000 personnes en une demi-journée, ça coûte
vingt connexions. Avec une version papier, pour
faire la même chose, il faudrait soit beaucoup de
militants, soit beaucoup dargent. Cet outil-là permet
aussi à des gens qui ont envie de s'exprimer et
qui n'ont pas forcément beaucoup de temps, de le
faire. Le petit clic d'une souris peut avoir des
conséquences qu'on ne soupçonne pas, alors il ne
faut pas s'en priver.
Y a-t-il moyen
de mesurer l'efficacité de la pression
des cyber acteurs ?
On peut compter précisément le nombre de personnes
qui ont participé à chaque action parce quil y a
une adresse retour. Pour l'Erika, l'affaire est
partie juste avant Noël, et on sait que Total
a découvert 500 messages dès le lundi matin
daprès NoÎl. Volontairement ou par saturation,
leurs boîtes à lettres ont rapidement été
bloquées. Pour Pinochet, Jack Straw a reconnu avoir
reçu 70 000 messages, même s'ils n'émanaient pas
tous de Cyber Acteurs. Quant à la pression réelle,
elle n'est pas plus mesurable que celle des pétitions.
Sans doute les cyber actions participent-elles à
linformation des gens. Pour l'Erika, ça a contribué
au succès de la manifestation de Nantes.
Pour le Somport, ça a participé à faire connaître
la manif et il y a eu plus de gens cette année.
La pétition "ne signez pas" que nous avons adressée
à Dominique Voynet a dù la conforter pour défendre
son projet sur la chasse.
Comment sélectionnez-vous
les pétitions ? Quelles idées défendez-vous
? Le principe est de défendre le développement
durable à travers trois aspects : la protection
de l'environnement, la citoyenneté (intervention
dans le débat politique, relations Nord-Sud), et
la défense des droits de l'homme. Ainsi, on a mené
des actions sur l'Amazonie, Tchernobyl, Mumia Abu
Jamal, la Tchétchénie, l'extrême-chasse . Les propositions
de pétitions sont nombreuses mais on ne peut pas
en balancer tous les jours, sinon ça sature. Un
dossier assez complet accompagne chaque pétition
.
D'où
proviennent les informations ? Cyber Acteurs
ne fait pas les choses tout seul. Pour chaque action,
il y a une association partenaire qui connait bien
le sujet, fournit les explications et suit les actions.
Par exemple, pour Pinochet, nous avons repris un
texte d'Amnesty. Sur l'Amazonie, on a travaillé
avec Greenpeace Lille.

Vous travaillez
actuellement à la constitution d'un réseau de consom'acteurs,
de quoi sagit-il ?
Le projet est de monter un réseau d'économie solidaire.
On est dispersé en 36 000 petites associations et
on est confronté à des lobbies qui, eux, se regroupent.
L'idée est donc de se regrouper, d'essayer de faire
sur le non alimentaire, ce que Biocoop a fait pour
la bio, cest-à-dire rassembler des associations
locales différentes sous un même nom. On voudrait
faire la promotion de tout ce qui est économie solidaire
avec la création dun portail Internet. Ce portail
ferait connaître ce qui se fait ailleurs.
Par le biais d'un annuaire, on pourrait répertorier
les professionnels qui s'engagent sur une charte,
et ainsi les faire connaître aux gens qui
partagent les mêmes valeurs, pour les inciter à
aller chez ces gens-là plutôt que chez le
voisin qui va peut-être financer le Front National
. Il sagit donc de se mettre daccord sur un nom
que tout le monde diffuse et qui permette de retrouver
les partenaires.
Propos recueillis par Marie-Odile Hombert et Katell
Chantreau